Le champ litteraire africain

Cette étude entend esquisser une histoire sociale de ce qu’il est convenu d’appeler maintenant « le champ littéraire africain ». A rebours de l’historiographie classique, cette histoire analyse les conditions dans lesquelles la littérature africaine a pu se constituer, depuis, au moins, les années 1930 jusqu’ à aujourd’hui, en un monde social autonome, dont les auteurs et leurs textes bénéficient d’un statut institutionnel à part entière dans le vaste marché des biens symboliques.
D’un point de vue pratique, les propriétés générales de ce champ reposent principalement sur les catégories dites « orales » et « traditionnelles ». Ainsi, loin d’être invariablement le prolongement d’une « âme nègre » selon les approximations d’une vieille anthropologie coloniale et africaniste, l’oralité et la tradition servent aux agents du champ africain dans leur besoin de positionnement structural : aux pionniers (Césaire/Senghor) pour le maintien de leur position de « dominants », aux prétendants (Zadi/Pacéré) pour leur prétention à la classicité. Objets d’enjeux et lieux de tension, stratégiquement porteurs et symboliquement riches en ressources, les items oraux et traditionnels subissent toutes sortes d’amplifications, de grossissement et d’extrapolation. En tout état de cause, l’acte littéraire en Afrique ou en francophonie, comme l’acte politique ou économique est un « acte calculé » dont la rationalité, pour être saisie, nécessite une parfaite application de ce que le vocabulaire bourdieusien nomme la « sociologie des champs symboliques ».
David K. N’Goran est Docteur es Lettres et Sciences humaines. Après une thèse soutenue en littérature générale et comparée à l’université de Cergy- Pontoise, il est reçu au concours post-doctoral du CELAT (Centre de Recherches du Canada sur les Lettres, les Arts et les Traditions), organisé annuellement à l’intention des jeunes chercheurs du réseau international. Il y entame un ensemble de travaux inspirés de la sociologie institutionnelle de Pierre Bourdieu. Actuellement, enseignant-chercheur, à l’université d’Abidjan en Côte d’Ivoire, il se positionne comme un passionné de théories comparatistes, d’analyse du discours, d’histoire des idées et des littératures des pays du Sud. Il a écrit et publié plusieurs articles.

A propos : sociotexte

A voir

Le code noir, Alain Mabanckou

Jamais mon train n'aura ressemblé à celui d'un touriste. Paris… Chaque bâtisse me paraît étrangère, …

Laisser un commentaire