Numero 07 – Août 2020

Numéro 06 – Août 2020

Portée sémantique et statut déictique des noms propres baoulé : KOUADIO Germain Kouassi

La linguistique française accrédite la thèse que le nom propre est asémantique et presque dépourvu de toute valeur déictique par le simple fait que le référent auquel il renvoie ne varie pas suivant le temps et l’espace (Gouvard, 1998, p.62). L’étude des anthroponymes baoulé, dans une double approche sociolinguistique et pragmatique, remet en cause une telle thèse en ce sens que le mode de désignation des noms propres chez ce peuple, fondé sur le moment de la naissance, les circonstances particulières qui l’entourent ou l’ordre de succession dans la fratrie, confère à ces anthroponymes une portée sémantique et une valeur déictique. Cette étude aboutit alors à la conclusion que l’anthroponyme baoulé ne prend son sens véritable que dans son « fonctionnement sémantico-référentiel [qui] implique une prise en considération de certains des éléments constitutifs de la situation de communication »

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La royauté abouré ; quand un pouvoir coutumier devient acteur de développement local à Bonoua (sud-est de la côte d’ivoire) : KOULAÏ Armand

Depuis les premières années d’indépendance, nombreuses villes ivoiriennes ont vu la réduction ou la disparition des pouvoirs traditionnels au profit des collectivités territoriales, considérées comme les réelles actrices du développement. Cette situation s’explique par le fait que les pouvoirs coutumiers et les entités décentralisées ont des modes d’organisation et de fonctionnement divergents. Cependant, quelques villes comme Bonoua, réussissent à maintenir le pouvoir coutumier qui continue de jouer un rôle capital dans le développement socio-économique de cette localité. L’objectif visé par ce présent travail est de comprendre les stratégies et actions qui font du pouvoir coutumier abouré un acteur incontournable dans le rayonnement de la ville en dépit de la présence des collectivités territoriales (Conseil régionale, Mairie). Pour atteindre cet objectif, la méthodologie est une combinaison d’exploration documentaire, d’observation et surtout d’entretien auprès des différents acteurs. Les principaux résultats témoignent de ce que le pouvoir traditionnel abouré de cette localité est une sorte de monarchie coutumière où le pouvoir est héréditaire par lignée matrilinéaire mais bien hiérarchisé. Ces missions originelles étaient de veiller à l’équilibre social du peuple en tant que garant de la tradition. Cependant, on note que ce pouvoir, à travers les fonds collectés, parvient à financer des secteurs comme l’éduction, la santé, la culture etc., une mission qui est dévolue à la municipalité.

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Union conjugale entre légalité et légitimité au Bénin : Enjeux et Perceptions des communautés rurales autour du mariage forcé : COOVI

La persistance des communautés rurales face à l’interdiction du mariage forcé interpelle les gouvernants dans la prise et la promulgation des lois. De nature mixte la recherche analyse la logique des communautés récidivistes. L’approche systémique, améliorée de la théorie de la résilience et de la vulnérabilité de B. Cyrulnik (2001), de l’analyse stratégique de M. Crozier et E. Freiberg (2018) reste compréhensive. Quatre-vingt-deux acteurs sociaux sont interrogés. Le choix est raisonné et également au hasard. Le guide d’entretien, le questionnaire, les grilles de lecture et d’observation sont utilisés à travers des techniques y afférentes. Les récits de vie ne sont pas occultés. Les résultats révèlent la vulnérabilité socioéconomique des familles concernées, le profil de la conjointe recherchée, etc. Le mariage forcé semble illégal, mais légitime à travers les cultures.

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Agbanyahi ou le défilé des richesses à Abomey : une expression particulière de la grandeur du pouvoir royal : DAAVO Cossi Zéphirin

Le présent article est une réflexion sur les traditions du Dahomey, sujet peu fréquent dans les études historiques, qui sont les plus nombreuses sur le royaume du Dahomey. Cette monarchie a su s’enrichir d’un grand nombre de manifestations culturelles parmi lesquels figure le Gandahi, une cérémonie couteuse qui dure 6 mois. Une de ses séquences, Agbanyahi, se distingue par son éclat et par le nombre élevé de participants qu’elle mobilise. Une telle ampleur est imprimée à dessein à cette cérémonie pour permettre au roi de diffuser largement sa vision du monde et les hauts faits de son règne. Ainsi, l’image du puissant pouvoir royal est propagée à Agbomè par de nombreux outils culturels créés ou acquis par des procédés pacifiques ou martiaux. La royauté n’existe plus, mais les princes et défenseurs des traditions ancestrales continuent de les faire revivre tant bien que mal, afin de les mettre au service des besoins actuels de développement.

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Dream contradicted by destiny: a critical reading through Janie’s Love Story, In Their eyes were watching God, by Zora Neale Hurston : KOMBIENI Didier

Bien que Hurston fut célèbre de par son œuvre pendant la Renaissance de Harlem, sa plus célèbre œuvre romancière Their Eyes Were Watching God, n’a réellement pris d’importance qu’après sa mort. Hurston osa, à travers son roman, prendre le contrepied de ses compatriotes écrivains à Harlem, en adoptant une posture à polémique. En effet, dans son roman, Hurston a dépeint un environnement entièrement noir, où tous ses personnages, les bons comme les méchants, sont Noirs. Le roman a pour personnage principal, Janie, dont les expériences maritales successives, basées sur la quête d’amour parfait, s’achèvent sur une note de satisfaction écourtée ou inachevée. La présente étude vise à exposer le côté sombre des relations inter noires américaines aux lendemains de l’émancipation, de mêmes que certains de leurs rêves non réalisés, du fait de leurs compatriotes ou tout simplement du destin.

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Comprendre la Covid-19 par ses représentations locales. Le cas de la Côte D’ivoire : une société « Composite » : N’GORAN David K.

Contrairement aux croyances établies, le thème de la maladie n’est pas l’affaire de la seule science médicale et ses domaines voisins (sciences biologique, pharmaceutique, naturelle, etc.). Il relève avant tout d’une vieille mythologie de la tension entre la vie et la mort dont le présupposé a toujours incarné l’archéologie même de tous les imaginaires sociaux, avec leurs croyances afférentes. En Côte d’Ivoire, une société à l’identité problématique, du fait de son histoire et de ses configurations culturelles actuelles, et dont on peut dire, pour aller vite, que ses représentations ressortissent à celles d’un paradigme « composite », la pandémie de la maladie à Corona virus nécessite une prise en charge holiste, voire totale. Ce qui signifie que les politiques publiques implémentées en la matière devraient jurer d’emblée avec le principe d’efficacité en posant justement le problème la prise de décision locale et ses modalités stratégiques. Or, il semble, à l’observation, que le manque apparent d’autonomie laisse libre cours à une scénique de l’imitation des modèles venus d’espaces culturels « différents » (Asie, Europe, Amérique). Bien sûr, en tant que problème universel, la Covid-19 devrait faire appel à une solution universelle. Pour autant, l’approche endogène en amont n’est pas moins recevable, tant qu’elle vise à montrer, comme c’est le cas dans cette contribution, que pour expliquer et faire comprendre la Covid-19 aux populations vivant en Côte d’Ivoire, il faudra que le médecin et les décideurs Ivoiriens souscrivent, au préalable, à une représentation de la maladie par le malade et son environnement culturel, dont nous avons dit, en guise de postulat qu’il est de type « composite ».

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Nouvelles écritures romanesques et pratiques anti-génériques : une lecture de La séparation et la mort à venir de l’être humain guide sa vie de Charles Nokan : FOFANA Yacouba

S’inscrivant dans une dynamique de continuité certaine avec Violent était le vent, son roman- culte, La séparation et La mort à venir de l’être humain guide sa vie, les derniers romans de Charles Nokan, à travers leur posture informelle, semblent avoir totalement renoncé à leur statut formel de ’’romans’’ pour épouser les entours, contours et pourtours d’un genre…anti- générique. D’où le constat que ces deux romans de l’écrivain ivoirien excellent dans l’art d’ériger les pratiques anti-génériques en mode d’écriture. Ce refus de la normativité, propre à la poétique contemporaine, nouvelle, ne signifie pas pour autant que cet auteur rejette le genre comme outil de description du discours. Ce que Nokan veut surtout montrer, c’est que le discours romanesque est bien un lieu privilégié où s’élabore une interaction libre et extrêmement ouverte. Ou mieux, où le texte romanesque n’est rien d’autre qu’un vaste univers métatextuel.

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La Francophonie littéraire entre Espace, Ecriture, Langue d’écriture et Culture : quelle identité pour l’écrivain burkinabè francophone ? : TIBIRI Dieudonné

L’écrit littéraire est, très souvent, partagé entre la langue d’écriture et l’espace de création. C’est à travers ces éléments qu’on arrive à mieux la cerner. La langue et l’espace d’écriture dont nous parlons sont relatifs à la Francophonie. L’analyse de ces éléments à travers la Francophonie est possible grâce à une théorie appelée la francophonie littéraire (M. Beniamino, 1999). La francophonie littéraire porte un regard sur l’exploitation qui est faite de la langue française par les écrivains. Cette théorie à travers « l’insécurité linguistique des collectivités francophones périphériques » de Michel Francard (1993), les « littératures de l’intranquilité » et la « surconscience » de Lise Gauvin (1997), et enfin la « conscience linguistique » de Claire Riffard (2006), va aider à établir l’identité de l’écrivain burkinabè francophone par rapport à la langue française et par rapport à la Francophonie.

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Les Interjections comme discours de la brièveté dans Le Glas De L’infortune De Regina Yaou : BOHOUSSOU Amoin Véronique

Le présent article a planché sur la notion d’interjection qui est une classe grammaticale autonome dans Le glas de l’infortune de Regina Yaou. C’est un élément transversal à toute langue et qui permet de révéler de manière brève et condensée les émotions du sujet parlant. De plus, sa présence récurrente dans le texte littéraire participe de son oralisation. L’écrit littéraire chez Regina Yaou est la résultante d’un mixage d’interjections provenant de sa langue maternelle, l’Alladjan et du français dans le processus discursif. Ainsi, cette alternance de variétés d’interjections permet de révéler le caractère diglossique à la fois linguistique et littéraire du texte. Ce style d’écriture permet non seulement d’affirmer l’identité culturelle de l’auteure, mais il est aussi le signe manifeste de la complicité qui existe entre l’écrivaine et son lectorat, puisqu’utilisant un code susceptible de traduire ses réalités dans le cadre de cette littérature postcoloniale. La présente étude s’est faite dans une perspective descriptive.

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