Numero 05 – Novembre 2019

Numero 05 – Novembre 2019

Le mot : fondement de la musicalité dans la poésie rimbaldienne : Christian ADJASSOH

Faire de la musique le vecteur du sens dans l’expression poétique au XIXe siècle. Telle est la quête des poètes dans la deuxième moitié du siècle de Rimbaud. Sous son impulsion, le langage poétique mobilise le mot pour extraire l’effets des sonorités émanant des lettres, en les liant à certains facteurs relevant de l’univers de l’art musical. A la lumière de l’analogie, Rimbaud capte dans les mots leurs artifices sonores pour essaimer ses textes poétiques de sons induisant du coup la musicalité. Ainsi dans sa poésie le rythme, la rime et les phonèmes contenus dans le mot deviennent le support de la musicalité et du sens chez Rimbaud.

Lire la suite

L’adaptation théâtrale du roman les bouts de bois de dieu de Sembene Ousmane au carrefour international de théâtre de Ouagadougou : de la théâtralité d’une écriture a sa romanisation sur les planches : OUORO – TIENDREBEOGO

La présente réflexion porte sur la problématique de l’adaptation du roman au théâtre. Elle examine précisément la mise en scène du roman, Les Bouts de bois de Dieu, de Sembene Ousmane par Luca Fusi et Aguibou Sanou au Carrefour International de Théâtre de Ouagadougou en 2019. Préférant l’approche interactive à la démarche comparative, la réflexion met en exergue la part de roman contenue dans la représentation de même que la dette que contracte le roman vis-à-vis du théâtre. Ce faisant, il en ressort que le mécanisme de création de la pièce repose sur une poétique alliant diégèse et mimésis dans le but d’actualiser un discours romanesque dont l’écriture est fortement empreinte de théâtralité.

Lire la suite

De l’ecriture de la guerre a la guerre de l’écriture dans allah n’est pas oblige d’Ahmadou Kourouma : Ernest BASSANE

Le présent article s’inscrit dans le cadre de l’écriture événementielle dans laquelle la réalité se confond presque avec le fictionnel. Elle autorise une immersion dans le phénomène de la guerre dont la narration se veut un témoignage vivant des péripéties et des coulisses d’un drame humain. En amont de l’évocation de la guerre, s’impose une façon d’écrire totalement aux antipodes des normes de l’écriture classique. Au demeurant, la recherche met en discussion l’horreur et l’art pour apprécier comment les deux entités s’influencent mutuellement. En définitive, on réalise que pour le romancier convoqué, faire de la guerre un sujet de création artistique procède avant tout d’une démarche de sensibilisation et de bannissement de tout conflit. La preuve est cet ardent désir du principal concerné (Birahima) de confesser ses égarements dans l’espoir d’être racheté pour retrouver une vie sociale plus équilibrée et apaisée.

Lire la suite

Entre affirmation et mise en crise de la culture : une lecture critique du rite du porteur dans the Strong breed de Wole Soyinka : Klohinlwélé KONE

La pièce théâtrale The Strong Breed du dramaturge Nigérian Wole Soyinka qui a été publiée en 1964 s’inscrit dans une tendance de la littérature qui entend non seulement affirmer son identité culturelle sans cesser de montrer les faiblesses intrinsèques à toute pratique culturelle. L’étude montre que l’histoire de cette littérature a toujours été liée au discours sur sa culture tantôt pour l’affirmer tantôt pour tenter d’en corriger les limites. La première étape a consisté à revendiquer cette culture dénigrée par le discours colonial. La critique en interne de celle-ci a été un autre pas vers la libération de l’artiste de la camisole de force qu’était le discours nationaliste et la nécessité de défendre ses moeurs et coutumes. Dans un contexte où l’art africain affirme de plus en plus sa volonté d’autonomisation et d’institutionnalisation, il y a fort à parier que la place centrale occupée par le discours sur la culture fera progressivement place à un discours autocritique et une liberté plus affirmée de l’artiste, condition de l’épanouissement de son génie créatif.

Lire la suite

Les pédagogies créatives comme socle pour une éducation au développement durable : W. Zacharia TIEMTORE

L’éducation au développement durable vise à apprendre à ne pas reproduire les modèles de développement passés. Les enseignants doivent désormais favoriser chez les apprenants leur capacité à penser de manière critique et surtout à innover. A cet effet, les pédagogies créatives sont préconisées mais sans qu’on ne puisse dire comment elles pourraient être appliquées en Afrique et quelle en serait la portée. La présente étude porte sur une expérimentation de pédagogies créatives au Burkina Faso. Il ressort de l’étude que ces méthodes suscitent un intérêt auprès des apprenants et favorisent le développement des compétences visées. Cependant, pour une efficacité optimale de ces méthodes, elles doivent être soutenues par un environnement sensibilisé et un tissu social réceptif.

Lire la suite

La réécriture de l’histoire post-conflit dans reine Pokou de véronique Tadjo : KOUASSI Akissi Florence ABOUA

Figure emblématique de l’histoire de la Côte d’Ivoire, à l’instar de certains hommes comme Soundiata Keita du Mali, Abla Pokou a marqué de l’empreinte de ses décisions l’histoire de tout un peuple : le peuple Baoulé de Côte d’Ivoire. Femme leader, femme d’exception, elle conduisit un peuple en proie à la guerre vers une terre paisible. L’histoire retient particulièrement le sacrifice de son unique fils pour sauver son peuple d’un génocide certain. Mais l’évocation de ce sacrifice qui l’a pourtant hissé au panthéon de l’histoire laisse un relent de désaveu et ouvre la voie à des interprétations possibles dans La Reine Pokou de Véronique Tadjo : sacrifice de soi ou ambition pour le pouvoir d’une femme ? La reine Pokou était-elle assoiffée de pouvoir au point d’y sacrifier son fils ? Ou était-elle guidée par la survie de son peuple ? Comment l’histoire se réécrit-elle ? Telle est la problématique qui guidera notre travail à la lumière du roman éponyme de Véronique Tadjo, La Reine Pokou, grand prix littéraire d’Afrique noire.

Lire la suite

Le répertoire des héros dans le champ littéraire des portraits de Frantz Fanon dans quelques textes romanesques africains : David K. N’GORAN

Frantz Fanon n’est pas fondamentalement un « agent littéraire » au sens boudieusien du terme. C’est dire qu’il n’est pas, à proprement dit, partie prenante de ce que nous nommons « le champ littéraire africain », ni au commencement de son histoire, ni dans son processus en cours ou affirmée d’autonomisation. Cependant, l’ombre de Fanon n’a jamais cessé de parcourir le répertoire des « héros » qui peuplent les textes d’auteurs africains. Ainsi, que ce soit dans la littérature, en tant que texte de fiction stricto sensu, ou même dans des récits de vie qu’affectionnent les sciences sociales (on pensera à l’historiographie d’Achille Mbembe ou à la sociologie de Jean-Marc Ela), la figure de Frantz Fanon s’affiche comme noyau constituant du discours littéraire. On verra ici, à travers cette analyse, comment, à lui tout seul, Fanon a pu générer un vaste corpus d’imaginaires résistants (discours, portraits et contre-représentations) ; au fondement d’une croyance sociale (Nomos, habitus, et éthos constitutifs de grands récits) ; le tout donnant à voir des modes de littérarité institués du texte (images éclatées en fortunes littéraires et autres transformations logées entre mythe, histoire et fiction).

Lire la suite

« La clinique littéraire » : réflexion sur un objet manquant dans le champ de la critique africaine : David K. N’GORAN

La littérature africaine, du point de vue de son histoire, a toujours côtoyé l’imaginaire médical. Il suffit de voir la manière dont les textes de fiction d’une telle référence convoquent les thèmes, propres ou dérivés, de la maladie comme la folie, la mélancolie, le paludisme ou la sexualité pour comprendre les présupposés médicinaux de la norme et de l’anormal des auteurs africains. Il suffit de voir également, la grille de lecture à partir de laquelle, l’interdiscursivité de la science médicale et de la théorie littéraire parvient à désigner, tout à la fois, une anthropologie de « l’homme africain », et une histoire du rapport interculturel Europe-Afrique (Mouralis, 1993), pour attester la fonction clinique de la création littéraire, puis celle, critique, de la représentation clinique ou médicale. Pour autant, dans ce qu’il convient d’appeler, approximativement, « le champ de la critique africaine », apparaît une insuffisance grossière de ce dialogue interdisciplinaire qu’il nous faut lire comme un objet manquant. Ce qui suppose d’interroger, sur la base d’une approche empirique, les causes étiologiques de cette absence de la clinique littéraire et/ou du clinicien ès lettres africaines. Accessoirement, on cherchera à rendre raison de l’état actuel de la frontière entre espaces littéraire et médical (écrivains, cliniciens) en contexte africain.

Lire la suite

Le donsomana comme élément brachypoetique du désastre transculturel et de didactique politique : KOUKOUGNON-COULIBALY

Le Donsomana, par définition, est une geste expiatoire en l’honneur d’un héros chasseur dans la tradition africaine. Mais au-delà de ce premier aspect, il peut être appréhendé sous divers angles. Ainsi, au plan littéraire, sa pratique peut donner corps à une rhétorique du dire ponctuée par des formes brèves chargées sémantiquement. Celles-ci en font un élément de poétique transculturelle au sens de désastre dans la création littéraire. Dans une autre optique, le Donsomana renvoie à une rhétorique du dit dont la subtilité des termes brefs conversationnels dévoile également le désastre de la sociologie du pouvoir politique africaine puisque, métaphoriquement, on va à la politique comme on va à la chasse.

Lire la suite

Mémoire coloniale, fragments et ironie dans « les propos abracadabrants d’un colonise » d’Alain Mabanckou : OUATTARA KIGNAMAN-SORO Yelly Kady

Dans un discours insolite, le personnage-narrateur se déclinant lui-même comme un « nègre colonisé » expose sa vision de la colonisation. Ce faisant, il convoque régulièrement des « éclats », des « fragments » allant des clichés et stéréotypes à l’évocation des textes fondateurs de la critique coloniale. Ces nombreux clins d’oeil à travers des noms propres, des signifiants charrient le passé colonial et ses principaux protagonistes et donnent à la nouvelle de Mabanckou, l’aspect d’un lieu de mémoire. Comme dans un délire, le narrateur personnage égrène les aspects positifs de la colonisation. Dans une approche comparatiste, nous analyserons dans cet article ces fragments à travers leur émergence, leur manifestation et leur portée. Autrement dit, l’analyse des traces de la colonisation dans ce texte va permettre d’interroger la manière dont un écrivain se sert d’un “ déjà là “ historique, culturel et livresque pour lui imprimer une orientation esthétique et idéologique.

Lire la suite