Numero 08 – Mai 2021

Numero 08 – Mai 2021

The human body between linguistic experimentation and cultural meaning in g. Okara’s the voice : Klohinlwélé KONE

Cette étude explore l’effort de l’écrivain nigerian G.Okara d’indigéniser la langue anglaise au moyen de la translitération de la langue ijaw dans la langue qu’est l’anglais. L’écrivain réussit à atteindre son but par un récours récurent aux organes du corps comme les yeux, les oreilles, les pieds, le for intérieur (inside), la corde ombilicale. Cette utilisation des parties du corps humain devient ainsi un artifice artistique de transmettre une vision spirituelle particulière d’un groupe humain donné telle qu’elle apparait à travers les péripéties de vie des personnages du récit. Le corps littéraire sert un but satirique et est un moyen de véhiculer une vision culturelle du monde d’une société postcoloniale africaine.

Lire la suite

Dire le malaise interracial en Amerique du nord dans poor boy’s game, un film de Clement Virgo. Notes sur le racisme antinoir au Canada : Siendou Konate

Le racisme est un tabou bien gardé au Canada. En effet, le Canadien ne le perçoit que chez son frère du Nord, les Etats-Unis. En 2007 avec l’œuvre cinématographique, Poor Boy’s Game, le Jamaïco-Canadien, Clément Virgo choisit de se pencher sur l’épineuse question du multiculturalisme canadien qui est en réalité un projet visant à créer une société où la culture blanche ainsi que les privilèges y afférents, soient les seuls qui valent la peine d’être célébrés. Virgo montre que dans le subconscient et l’histoire du Canada francophone comme anglophone ; le racisme, aussi bien institutionnalisé que subtil, est perceptible dans les lois et les comportements de tous les jours. La victime est la « personne de couleur », cet individu dont le pigment se remarque par le grand taux de mélanine. A la faveur du BLM (Black Lives Matter), cette étude se propose d’analyser ce film en essayant de répondre aux questions suivantes : Pourquoi Poor Boy’s Game au 21ième siècle à une époque où l’on croit que le racisme n’est plus d’actualité au Canada ? Quel rapport cet état de fait a-t-il à avoir avec les Etats-Unis où les questions de la race et du racisme sont toutes aussi présentes et non suffisamment prises en charge par les pouvoirs publics ?

Lire la suite

Le témoignage littéraire numérique et imprime « de la femme tutsi rwandaise ». Ethos du traumatisme psychique : Raoul TIE

Cette étude s’inscrit dans une perspective de genre par le prisme des constructions discursives des femmes rescapées Tutsi rwandaises et met en dialogue les productions testimoniales numériques et imprimées thématisant le génocide. Elle a pour ambition de souligner à partir des œuvres testimoniales numérisées : On n’oubliera jamais rien de Marie-José Gicali (2019) ; L’innomable.Agahomamunwa.Un récit du génocide des tutsi, de Adélaïde Mukatabana (2016) ; Même Dieu ne veut pas s’en mêler de Annick Kayitesi-Jozan (2017) et des témoignages littéraires imprimés : SurVivantes:Rwanda,histoire d’un génocide d’Esther Mujawayo (2004), La mort ne veut pas de moi (1997) de Yolande Mukagasana, les troubles psychiques qui marque la vie mentales des mères Tutsi rwandaises. Elle vise, par ailleurs, à interroger le parcours des de ces survivantes dans une temporalité collective et singulière durant les massacres. Perspective qui participe à la structuration de l’histoire et de la mémoire sur l’évènement. Bien qu’Hayden White (2017), inspiré par la déconstruction des faits historiques que tient Roland Barthes dans « Le discours de l’histoire » (1984) récuse l’objectivité de l’histoire. Cette narration du fait historique dans les récits testimoniaux numériques et imprimés sort l’écriture des survivantes des espaces habituels où il est mis en perspective comme stèle pour les disparus, territoire du deuil, pour l’exiler dans les lieux du traumatisme psychique.

Lire la suite

Abjection et crainte dans le mal de mer de Marie Darrieussecq : AKA Adjé Justin

Il peut paraitre paradoxal dans un environnement fictif exclusivement marin de parler de crainte, d’angoisse et d’abjection. Or, c’est bien de cela qu’il s’agit dans ce récit de Marie Darrieussecq à connotation naturaliste qui donne à lire une certaine socialité perçue négativement. Problème de représentation qui se pose avec acuité dans ce texte où la fonction de l’eau est dévoyée. Cette étude nous permet d’analyser ces déviances à travers l’anthropomorphisme des éléments naturels et un argotisme de l’abjection qui sont perçus comme des menaces indicibles, voire inqualifiables et caractérisent le discours darrieussecquien.

Lire la suite

Des impuretés urbaines chez quelques romanciers africains. Un cas d’esthétique de l’irrationnel dans temps de chien de Patrice Nganang : Eldad SANGARE

Les impuretés urbaines actuelles représentées dans les productions littéraires francophones sont la conséquence des crises d’inconscience survenant quand l’homo-sapiens transgresse les règles environnementales préétablies. Les écrivains africains, en général, et ceux du Cameroun, en particulier construisent une esthétique de l’irrationnel dans leurs œuvres. Ainsi, la prose africaine d’expression française s’illustre en restituant un milieu environnemental souillé, dégradé, perverti et transgressé par des gestes antiécologiques de certains personnages africains en rupture avec les valeurs écologiques en milieu urbain. Le caractère éco-irresponsable de ces personnages pose donc le problème de la gestion du patrimoine urbain africain, à l’image de l’espace urbain camerounais transposé en littérature. En d’autres termes, comment la perte de la conscience écologique est-elle représentée dans l’imaginaire africain ? Dans quelle perspective pervertir un espace urbain relève d’une transgression de la raison ? Sous cet angle cognitif, la déchéance morale de certains personnages africains traduirait un degré de perversion des espaces urbains de l’imaginaire écologique du toponyme Cameroun. Par une démarche comparatiste -relation de la littérature à l’écologie-, il s’agit de saisir l’émergence d’une esthétique de l’irrationnel dans l’espace urbain africain. A partir de l’écocritique (Alain Suberchicot et Gabriel Vignola) et des travaux sur l’irrationnel de Colette Audry, l’objectif de cette contribution est de démontrer que Temps de chien de Patrice Nganang projette des personnages anticonformistes et irrationnels qui pervertissent l’espace urbain africain.

Lire la suite

Stylistique sérielle et expressivité émotionnelle dans chants d’ombre de Léopold Sédar Senghor : Ehui Jean Marius

L’analyse des émotions dans le domaine des sciences du langage connaît un regain d’intérêt. En stylistique, peu d’études sont consacrées à cette notion. Et pourtant, la diachronie stylistique, de Charles Bally à Georges Molinié, dispose d’un ensemble de connaissances pour nourrir une réflexion sur les émotions dans les pratiques discursives. Cet article propose d’examiner, à partir de la stylistique sérielle, l’expression des émotions dans l’œuvre poétique Chants d’Ombre de Léopold Sedar Senghor. Les modalités linguistiques et stylistiques de l’expressivité émotionnelle seront appréhendées par le biais de la lexie, de la caractérisation et du système figuré. Ces différents postes d’analyse mettront en évidence l’univers émotionnel construit sur le terreau de l’affection, de la passion et du désir. L’expression des émotions dans Chants d’ombre porte le motif de l’amour et révèle une stratégie d’affirmation de l’identité culturelle du poète et une revendication du Moi Noir. En effet, le langage émotionnel laisse apparaître une poétisation de la femme Noire. Les allusions érotico-pornographiques présentant la femme africaine nue sont des métadiscours dont se sert le poète pour valoriser le Noir à partir de la couleur de sa peau. L’expressivité émotionnelle chez Senghor témoigne de son enracinement socio-culturel et de son engagement pour la réhabilitation du Noir.

Lire la suite

Le couple mixte a l’épreuve des chocs raciaux : la femme et l’homme nu de pierre mille et Andre Demaison et un chant ecarlate de Mariama Ba : Augustin Coly et Jean Denis Nassalang

Cette contribution s’appuie sur les expériences malheureuses de deux couples mixtes, dans La femme de l’homme nu de Pierre Mille et André Demaison et Un chant écarlate de Mariama Bâ, pour disséquer les différents écueils auxquels se heurte l’interculturalité. Il va ressortir de cet examen que les couples mixtes sont moins handicapés par leurs expériences individuelles que par des a priori qui ont pour noms complexe de supériorité d’une race sur une autre et narcissisme nait d’un repli identitaire. Forces destructrices, ces deux facteurs pervertissent les consciences et accentuent davantage les différences qui deviennent un vivier fertile aux chocs raciaux.

Lire la suite

Apocalypse postmoderne i : l’auteur post-génocide et le manifeste francophone : Alain Serges AGNESSAN

Le génocide des Tutsis du Rwanda, de 1994, a entrainé une constellation de discours, de figures et d’images qui, en plus de constituer un imaginaire de la fin par leur agencement, imposa une condition utopique singulière où le signe postmoderne le dispute à des fantasmes postcoloniaux. Un fait remarquable est l’apparition sur la scène du fait littéraire africain francophone d’un nouvel ethos : celui de l’auteur.e post-génocide. Avec cette catégorie inédite, on assiste au retour du politique et de la question de l’engagement, mais également à la publication de manifestes ou de textes à effet-manifeste qui, tous, sont animés d’une pulsion utopique. Un double investissement y affleure. Le désir de provoquer la rupture grâce au fantasme de la tradition, et l’érection d’une enclave utopique propice au renouveau et à la rédemption.

Lire la suite

La problématique de l’interculturalité dans maman a un amant de Calixthe Beyala : Médard Brou KOUAKOU

La littérature africain francophone est le cadre d’exposition des rencontres qu’a généré l’expérience coloniale. On assiste, en effet, de plus en plus, à la redéfinition des rapports entre la métropole et ses anciens empires. Des écrivains africains noirs francophones s’installent en France pour y exposer leurs imaginaires. Ces immigrés, dotés d’un potentiel culturel, sont des agents de transfert culturel de premier choix. L’écriture devient un moyen d’inscription et d’exercice des démarches interculturelles. Processuel, les mécanismes de l’interculturalité obéissent à des principes offrant l’avantage d’une insertion sociale par l’institution d’un dialogue constructif entre les cultures de différents pôles géographiques. Il s’agit dans le présent article de dévoiler, d’abord, le mode de manifestation des cultures migrantes, puis de dégager les modalités de construction de l’interculturalité et enfin d’interroger ses enjeux résultant des échanges culturels.

Lire la suite

La figure du politique dans la vie et demie de Sony Labou Tansi : OUATTARA Aminatou

L’année 1960 marque l’indépendance de la majorité des pays africains. La thématique littéraire a changé. Les écrivains vont s’adonner à une critique acerbe des nouveaux dirigeants et de la nouvelle société africaine néocoloniale. Il s’agit concrètement ici de la stigmatisation des pouvoirs dictatoriaux par les romanciers de la seconde génération. Ces pouvoirs iniques deviennent l’ordre du jour après les indépendances. L’objectif donc de cette réflexion est d’identifier, traiter et analyser la figure du politique africain des indépendances tel qu’il se présente dans La vie et demie de Sony Labou Tansi. A l’aide de l’analyse textuelle et thématique, nous tenterons de montrer la mauvaise gestion du pouvoir politique post-colonial par le politique africain.

Lire la suite